Le 4 février 2026, Capjaya a participé à l'atelier organisé par la Société des Ingénieurs de l'Automobile (SIA) sur les approches Agiles dans l'industrie automobile. Une demi-journée d'échanges réunissant une vingtaine de praticiens venus de constructeurs, équipementiers et cabinets de conseil.

Ce n'est pas la première initiative de la SIA sur ce sujet. Depuis 2020, la Commission Fiabilité Qualité Sécurité s'intéresse au déploiement des approches Agiles dans l'automobile. Un premier atelier avait posé les bases en novembre 2020, suivi de trois ans de travaux ayant abouti à la publication d'un guide de référence fin 2023. Cet atelier était l'occasion de confronter ce guide à la réalité du terrain.

« La compatibilité entre les approches Agiles et les objectifs qualité du domaine automobile est confirmée. Mais la mise en œuvre exige une adaptation aux spécificités de l'industrie. »

Trois sujets au cœur des échanges

Les participants se sont répartis en sous-groupes pour travailler sur trois thématiques identifiées collectivement :

Ingénierie système, architecture et interfaces

Le constat est net : aucun framework Agile ne positionne clairement les activités d'architecture dans le flux de développement. L'illusion d'absence de couplage entre composants, propre à certaines approches Agiles, se heurte à la réalité physique du développement automobile. La réponse passe par une meilleure intégration des compétences d'ingénierie système dans les équipes et probablement par une phase pré-itérative.

La confusion autour d'Agile

Agile est souvent compris comme une capacité à réagir vite, au détriment de la qualité. Ce malentendu est fréquent entre décideurs et équipes opérationnelles. La condition de succès est simple à énoncer, difficile à tenir : Agile est d'abord un état d'esprit, pas une méthode. Il s'applique à l'ensemble de l'entreprise ou il ne tient pas.

L'approche des constructeurs asiatiques

Coté européen :

  • des processus lourds
  • une relation client-fournisseur distante
  • le poids des standards de conception
  • une surspécification liée à l'historique

Coté chinois :

  • une culture managériale orientée vitesse
  • une grande proximité OEM-fournisseurs
  • un faible historique, moins de standards
  • une spécification au juste nécessaire

Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est une lecture des conditions structurelles qui permettent ou freinent l'agilité.

En synthèse

Les retours d'expérience partagés lors de cet atelier montrent des intégrations réussies des pratiques Agiles, sans dégradation de la qualité livrée. Mais il y a encore des points à renforcer : faire évoluer les modes de contractualisation client-fournisseur, développer des compétences T-shaped dans les équipes, adapter les référentiels normatifs (ASPICE, IATF), et surtout sensibiliser l'ensemble des fonctions transverses, y compris les auditeurs de certification.

Points clefs de l'atelier

  • Compatibilité confirmée entre Agile et les objectifs qualité automobile
  • L'architecture système reste mal intégrée dans les frameworks Agiles existants
  • Agile est un état d'esprit global, pas une méthode de développement isolée
  • Nouveaux modes de contractualisation à construire entre OEM et fournisseurs
  • Évolution nécessaire du cadre normatif (Automotive SPICE, IATF…)
  • La vitesse d'exécution des acteurs asiatiques invite à repenser nos contraintes structurelles

Le guide publié par la SIA en 2023 reste une référence utile pour structurer la réflexion. Ce genre d'atelier montre ce qu'il est encore difficile d'obtenir autrement : des praticiens qui parlent franchement de ce qui fonctionne, de ce qui bloque, et de ce qui reste à construire.