Il y a trois ans, au moment de renouveler mon agrément d'évaluateur CMMI, j'avais choisi de continuer : la V3 sortait, le partenariat gardait du sens.
Cette fois, c'est stop.
Même s'il m'était possible de rempiler pour 3 ans, il fallait voir la réalité en face : que m'apportait cet agrément aujourd'hui ? Pas grand-chose. Et surtout, il devenait un frein pour envisager la suite.
Qu'on soit clair : je ne tourne pas le dos au modèle. Je l'ai pratiqué, j'ai aidé à le comprendre, j'ai accompagné sa mise en œuvre sur le terrain, je l'ai utilisé pour améliorer des situations délicates, j'ai permis à des organisations de démontrer la maturité de leurs pratiques... Tout ça, j'ai adoré le faire.
Pourquoi s'être obstiné si longtemps ?
Lorsque j'ai découvert le CMM en 1998, la notion d'évaluation officielle était balbutiante, l'atteinte d'un niveau de maturité n'avait pas de date de péremption, le modèle était accessible gratuitement, les sponsors l'utilisaient pour rendre leurs équipes plus efficaces. Et surtout, il s'inscrivait dans une démarche d'amélioration pérenne, avec la volonté d'atteindre les hauts niveaux de maturité. Sans s'arrêter en chemin.
Cette première expérience m'a convaincu : ce modèle est solide, structurant, et permet de développer des produits et de fournir des services plus sereinement. Et lorsqu'il y a de la sérénité, les objectifs d'entreprise suivent.
Ce modèle fera partie de mon ADN professionnel jusqu'au bout.
Puis le développement des évaluations officielles a progressivement déplacé l'attention vers le résultat plutôt que vers la dynamique de progrès. Pour beaucoup, le CMMI est devenu une certification à obtenir davantage qu'un outil d'amélioration continue. L'évolution de son business model n'a fait que renforcer cette perception.
Mais tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer en dehors de la seule pression du niveau de maturité le savent : ce modèle est, et restera, un super outil pour identifier rapidement ce qui coince dans une organisation.
Et maintenant ? Retour aux sources !
Le Software Engineering Institute (à l'origine du CMM) vient de publier, avec Accenture, l'AI Adoption Maturity Model. 8 dimensions et 25 domaines d'aptitude pour déterminer le niveau de maturité IA qui convient à une organisation, puis piloter sa feuille de route pour l'atteindre.
La grande différence avec CMMI ? Pas de benchmark : chaque organisation définit SA propre cible de maturité à l'aide de paramètres prédéfinis. Le modèle s'adapte au contexte et non l'inverse.
Un modèle gratuit, complet et sans mécanisme d'évaluation officielle. L'esprit des débuts, appliqué aux enjeux de 2026. J'y reviendrai dans une prochaine actualité.
Côté Capjaya, l'essentiel ne change pas : nous continuons d'accompagner les organisations qui veulent objectiver leur maturité et construire une trajectoire d'amélioration durable. Les évaluations officielles s'arrêtent ; les diagnostics, eux, continuent.
En résumé : le CMMI reste ma grille de lecture générique ; l'AI AMM devient celle de l'adoption de l'IA. Une même conviction, mais un nouveau terrain de jeu.
